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Offre d’achat immobilier : rédiger, négocier, se rétracter

Publié le 13 min de lecture
Personne rédigeant une lettre à la main sur une table en bois, à côté d'un carnet et d'une tasse de café
Photo Pexels / cottonbro studio
Plan de l'immeuble 9 étages dans cet article
  1. 01Qu'est-ce qu'une offre d'achat immobilier ?
  2. 02Est-ce qu'une offre d'achat vous engage ?
  3. 03Que doit contenir une offre d'achat immobilier ?
  4. 04Combien proposer ? Négocier une offre en dessous du prix
  5. 05Quelle durée de validité donner à votre offre ?
  6. 06Comment envoyer l'offre et que peut répondre le vendeur ?
  7. 07Que se passe-t-il après une offre d'achat acceptée ?
  8. 08Peut-on se rétracter après une offre d'achat ?
  9. 09Questions fréquentes

Une offre d’achat immobilier est un écrit par lequel vous proposez au vendeur d’acheter son bien à un prix et à des conditions que vous fixez, pour une durée limitée. Elle n’est pas obligatoire, mais elle vous engage dès que le vendeur l’a reçue : vous ne pouvez plus la retirer avant la fin de sa validité, et s’il l’accepte sans réserve, il est tenu de vous vendre. Le délai de rétractation de 10 jours, lui, ne s’ouvre qu’avec le compromis.

Qu’est-ce qu’une offre d’achat immobilier ?

La deuxième visite a duré plus longtemps que la première. Vous avez ouvert les fenêtres, regardé la chaudière, compté les pas jusqu’à l’arrêt de bus, et dans la voiture, sur le parking, la question est tombée : on fait une offre ? C’est souvent là, sur un coin de tableau de bord, qu’un achat bascule du rêve vers le droit. Car une offre d’achat n’est pas une marque d’intérêt. C’est un acte juridique.

Le Code civil (art. 1114) définit l’offre comme une proposition qui comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation. Pour une maison ou un appartement, les éléments essentiels sont le bien et le prix. Si votre courrier dit seulement « nous serions intéressés autour de 200 000 € », il ne s’agit pas d’une offre mais d’une invitation à entrer en négociation, qui ne vous engage à rien, et n’engage pas davantage le vendeur.

Rien n’oblige à passer par cette étape : on peut aller directement au compromis, voire à l’acte. Mais l’offre écrite reste la manière la plus sûre de fixer un prix et des conditions avant que le notaire ne s’en empare. Pour la signer, il faut avoir la capacité juridique de contracter, rappelle service-public.gouv.fr : une offre signée par un mineur ou un majeur protégé non assisté n’est pas valable.

Est-ce qu’une offre d’achat vous engage ?

Oui, et plus tôt qu’on ne l’imagine. Le Code civil découpe la vie d’une offre en trois moments, et votre marge de manœuvre se réduit à chacun.

Avant que le vendeur ne la reçoive, vous êtes libre : l’offre peut être retirée sans conséquence (art. 1115). Un e-mail qui part à 22 h et un second qui l’annule à 22 h 05, avant toute lecture, ne vous exposent à rien. Une fois reçue, et pendant sa durée de validité, elle ne peut plus être retirée (art. 1116). Si vous la retirez quand même, le contrat ne se forme pas, mais vous engagez votre responsabilité : le vendeur peut réclamer réparation du préjudice subi, par exemple s’il a écarté un autre acquéreur, sans pouvoir exiger ce qu’il aurait gagné avec la vente. Si le vendeur l’accepte telle quelle, l’article 1583 prévoit que la vente est parfaite dès l’accord sur la chose et le prix.

Service-public.gouv.fr en tire la conséquence pour le vendeur : une fois l’offre acceptée, il ne peut plus changer d’avis, doit cesser les visites, et s’il refuse de vendre, l’acquéreur peut demander au juge l’exécution forcée de la vente et des dommages et intérêts. Les juges regardent toutefois le contenu : une offre floue sur le bien, ou une acceptation assortie de réserves, ne forme pas la vente. Côté acheteur, le filet reste le délai de rétractation de 10 jours qui suivra la notification du compromis.

Offre d’achat Compromis de vente Promesse unilatérale
Qui s’engage ? L’acheteur, dès réception ; le vendeur, s’il accepte Les deux parties Le vendeur seul, l’acheteur dispose d’une option
Forme Libre, un écrit est vivement conseillé Écrit, sous seing privé, contresigné par avocat ou notarié Écrit ; enregistrement sous 10 jours s’il est sous seing privé
Argent versé Aucun, sous peine de nullité Dépôt de garantie fréquent, sur compte séquestre Indemnité d’immobilisation, en pratique 5 à 10 % du prix
Rétractation de l’acheteur Non, après réception 10 jours après notification 10 jours après notification

Que doit contenir une offre d’achat immobilier ?

La fiche de service-public.gouv.fr consacrée à l’offre d’achat liste cinq mentions de base : la désignation du bien, sa superficie, la date de l’offre, le prix fixé par l’acheteur et la durée de validité. Elle suggère d’y ajouter le plan de financement (apport, prêts, prêt relais, vente d’un autre bien), la condition suspensive d’obtention d’un crédit, le montant du dépôt de garantie envisagé au compromis, une éventuelle condition liée à une autorisation d’urbanisme et la date d’entrée dans les lieux souhaitée.

Trois précisions évitent la plupart des malentendus. Écrivez le prix en chiffres et en lettres, et dites s’il s’entend honoraires d’agence inclus ou net vendeur, ce qui change l’assiette de calcul et parfois le montant du prêt (le détail figure dans notre article sur les frais d’agence immobilière). Décrivez le bien comme dans l’annonce, avec l’adresse et, en copropriété, les numéros de lots, la cave, le garage. Et chiffrez la condition de prêt : montant, durée, taux maximal. Une formule vague comme « sous réserve de financement » rassure mal le vendeur et se discute mal devant un juge.

Modèle d’offre d’achat : la trame à adapter

Il n’existe pas de formulaire officiel. Voici l’ordre des blocs qu’on retrouve dans une offre solide, à rédiger avec vos propres mots :

  1. L’en-tête. Vos nom, prénom et adresse, ceux du vendeur ou de son mandataire, le lieu et la date. Objet : « Offre d’achat pour le bien situé [adresse] ».
  2. La désignation du bien. « Suite à la visite du [date], je propose d’acquérir la maison située [adresse], d’une superficie de [X] m², comprenant [pièces, garage, jardin]. » En copropriété, ajoutez les numéros de lots.
  3. Le prix. « Au prix de [montant en chiffres] euros ([montant en lettres]), [honoraires d’agence inclus / net vendeur]. »
  4. Le financement et les conditions. « Financé par un apport de [X] € et un prêt de [X] € sur [X] ans au taux maximal de [X] % hors assurance. Cette offre est faite sous la condition suspensive de l’obtention de ce prêt. »
  5. La validité et le calendrier. « Cette offre est valable jusqu’au [date] à [heure]. Passé ce délai, elle sera caduque. En cas d’acceptation, je souhaite signer l’avant-contrat au plus tard le [date]. »
  6. La signature. Signature manuscrite de chaque acheteur. Réservez un espace où le vendeur pourra écrire « bon pour accord », dater et signer.

Une offre d’une page suffit. Plus elle s’allonge en conditions, plus elle ressemble à une porte de sortie, et moins le vendeur la prend au sérieux.

Combien proposer ? Négocier une offre en dessous du prix

Le prix affiché est celui que le vendeur espère, pas celui du marché. Une offre plus basse se défend quand elle s’appuie sur des faits que le vendeur peut vérifier : un DPE classé F ou G, des devis de travaux, des défauts constatés en visite, un bien en vente depuis longtemps, des ventes comparables dans la rue. Ailleurs en France, la base publique « Demandes de valeurs foncières » de la DGFiP donne les prix de vente réels des cinq dernières années ; elle ne couvre ni l’Alsace ni la Moselle, où il faut se fier aux annonces comparables et aux références qu’un notaire peut consulter.

La forme compte autant que le chiffre. Une offre basse sans explication se lit comme une provocation, la même offre accompagnée d’un devis de couvreur se lit comme un calcul. Une offre au prix, à l’inverse, n’achète pas toujours la certitude : si deux acquéreurs proposent le même montant, le vendeur regardera souvent la solidité du financement et le calendrier.

Mains écrivant des calculs dans un carnet à côté d'une calculatrice
Avant de fixer un prix, chiffrez les travaux et leur effet sur votre budget total · Photo Pexels / olia danilevich

Exemple type

Hypothèses : une maison mitoyenne affichée 230 000 € net vendeur, dans un département où le droit de mutation est de 5 % (c’est le cas de la Moselle au 1er juin 2026, selon la DGFiP), et des devis totalisant 18 000 € pour isoler les combles et remplacer la chaudière. Vous proposez 212 000 € en joignant les devis. Si l’offre est acceptée, vous économisez 18 000 € sur le prix, mais aussi environ 1 137 € de droits de mutation (6,32 % de 18 000 €, taxe communale et frais d’assiette compris) et près de 173 € d’émoluments du notaire TTC (0,799 % hors taxes sur cette tranche). Soit un peu plus de 1 300 € de frais en moins, en plus de la baisse de prix. Exemple illustratif, sans valeur de cas réel.

Dernier point de méthode : ne proposez jamais un prix que vous ne pouvez pas financer en espérant que la condition de prêt vous sauvera. Vérifiez d’abord votre capacité d’emprunt avec les repères de notre rubrique Financer. Une condition suspensive protège d’un refus de banque, pas d’un projet mal calibré.

Quelle durée de validité donner à votre offre ?

Service-public.gouv.fr indique une durée « en général de quelques jours (1 à 2 semaines) ». Passé ce délai, sans acceptation, l’offre est caduque et vous êtes libre. Si vous n’écrivez rien, le Code civil (art. 1117) fait tomber l’offre à l’issue d’un délai raisonnable, notion floue que seul un juge tranchera en cas de conflit. Écrivez donc une date et, mieux, une heure.

Le bon réglage dépend du marché. Une validité longue laisse au vendeur le temps de faire monter les enchères en montrant votre offre à d’autres visiteurs, tout en vous interdisant de vous engager ailleurs. Une validité courte, de quelques jours, force une réponse. Dans un secteur où les biens partent vite, une semaine suffit largement. Notez aussi que l’offre devient caduque en cas d’incapacité ou de décès de son auteur, ou de décès de son destinataire (art. 1117).

Comment envoyer l’offre et que peut répondre le vendeur ?

La loi n’impose pas de forme, mais la preuve, elle, se construit. Service-public.gouv.fr cite la lettre recommandée avec accusé de réception ou le courriel. L’e-mail a l’avantage de la rapidité et de l’horodatage, et le Code civil (art. 1366) reconnaît à l’écrit électronique la même force probante que le papier, dès lors que son auteur est identifiable. Joignez l’offre signée en PDF et gardez une copie de l’envoi. Si une agence a le mandat de vente, adressez-lui l’offre : elle la transmettra au vendeur.

Mains tenant une lettre glissée dans une enveloppe kraft sur un bureau en bois
Lettre recommandée ou e-mail : l’essentiel est de pouvoir prouver la date de réception · Photo Pexels / Angela Roma

Face à votre offre, le vendeur a trois réponses possibles, rappelle service-public.gouv.fr. Il accepte, par écrit, avec la mention « bon pour accord » et sa signature : vous êtes tous deux engagés. Il fait une contre-proposition : un autre prix, une autre date, le retrait d’une condition. C’est une offre nouvelle, votre offre initiale devient caduque, et c’est désormais à vous d’accepter, de refuser ou de répondre par une autre proposition. Le Code civil (art. 1118) dit la même chose autrement : une acceptation non conforme à l’offre ne vaut que comme offre nouvelle. Ou il ne répond pas, et l’offre tombe à l’échéance.

Bon réflexe

Joignez à votre offre ce qui rassure un vendeur mieux qu’une lettre de motivation : une attestation de capacité d’emprunt ou une simulation bancaire récente, la preuve de votre apport, et un calendrier réaliste. À prix égal, c’est souvent le dossier le plus solide qui l’emporte.

Que se passe-t-il après une offre d’achat acceptée ?

L’acceptation ouvre la phase notariale. Aucun délai légal n’encadre le passage de l’offre au compromis : il dépend surtout du temps nécessaire pour réunir les pièces (titre de propriété, diagnostics, documents de copropriété, justificatifs d’urbanisme). C’est pourquoi l’offre gagne à fixer une date butoir pour signer l’avant-contrat. Vendeur et acquéreur peuvent choisir chacun leur notaire, sans surcoût : les émoluments se partagent entre les deux études.

Au compromis, un dépôt de garantie est souvent demandé, fréquemment 10 % du prix selon la fiche officielle sur la promesse et le compromis, versé sur le compte séquestre du notaire et non au vendeur. La notification du compromis ouvre alors vos 10 jours de rétractation, puis le délai de la condition de prêt, qui ne peut pas être inférieur à un mois. Tout ce que doit contenir cet acte est détaillé dans notre article sur le compromis de vente, et le parcours complet dans la rubrique Acheter.

Peut-on se passer du compromis ? Oui. Vendeur et acheteur peuvent aller directement à l’acte authentique. L’acheteur dispose alors d’un délai de réflexion de 10 jours à compter de la remise du projet d’acte, pendant lequel rien ne peut être signé ni payé. En Moselle et en Alsace, une règle de droit local joue en sens inverse : un compromis sous signature privée doit être suivi de l’acte authentique dans un délai de 6 mois au plus, que les parties ne peuvent pas allonger.

Peut-on se rétracter après une offre d’achat ?

Tout dépend du moment. Avant que le vendeur n’ait reçu l’offre, oui, librement. Après réception et avant son échéance, non : le retrait est fautif et peut vous valoir une demande de dommages et intérêts. Après acceptation, vous êtes engagé, mais l’acheteur non professionnel d’un logement retrouve une liberté totale pendant les 10 jours calendaires qui suivent la notification du compromis ou de la promesse. La rétractation se notifie alors par lettre recommandée avec accusé de réception, sans avoir à se justifier, et le dépôt de garantie éventuellement versé vous est restitué.

Cette protection explique pourquoi les litiges nés d’une offre acceptée puis abandonnée par l’acheteur restent rares. Elle n’efface pas pour autant le sérieux de l’engagement : un vendeur qui a retiré son bien du marché sur la foi de votre offre, puis subit un revirement avant le compromis, peut chercher à être indemnisé. Faites une offre quand vous êtes prêt à signer, pas pour « réserver » un bien le temps de réfléchir.

Vigilance

Si l’on vous demande un chèque ou un virement « pour bloquer le bien » au moment de l’offre, refusez. L’article 1589-1 du Code civil frappe de nullité tout engagement unilatéral d’acheter un bien immobilier pour lequel un versement est exigé ou reçu. Le seul argent qui circule avant l’acte est le dépôt de garantie ou l’indemnité d’immobilisation, versé au compromis ou à la promesse, sur un compte séquestre.

Quand consulter un professionnel

Faites relire votre offre par un notaire ou par l’ADIL de votre département (adil.org, conseil juridique gratuit) si elle comporte des conditions inhabituelles : vente de votre propre logement, travaux à réaliser par le vendeur, bien en indivision ou en succession, terrain à construire. Un courtier ou votre banque peuvent vous délivrer une attestation de financement avant l’offre. Et si le vendeur refuse de signer après avoir accepté votre offre, ou si l’on vous réclame des dommages et intérêts après un retrait, c’est à un avocat en droit immobilier qu’il faut s’adresser.

Questions fréquentes

Une offre d’achat envoyée par e-mail ou par SMS est-elle valable ?

Par e-mail, oui : service-public.gouv.fr cite le courriel comme mode d’envoi, et le Code civil reconnaît la valeur probante de l’écrit électronique quand son auteur est identifiable. Joignez l’offre signée en PDF. Le SMS reste un mauvais support : un message bref omet presque toujours le bien exact, la validité ou les conditions, et devient une source de litige.

Le vendeur peut-il refuser une offre au prix affiché ?

Tout dépend de l’annonce. Si elle contient les éléments essentiels et traduit la volonté du vendeur d’être lié, elle peut valoir offre au sens de l’article 1114 du Code civil. Si elle laisse des points ouverts, comme le financement ou le calendrier, ce n’est qu’une invitation à négocier, et le vendeur garde le choix de son acheteur. En cas de litige, faites examiner votre dossier par l’ADIL ou un avocat.

Peut-on faire plusieurs offres d’achat en même temps ?

Rien ne l’interdit, mais chaque offre vous lie dès que son destinataire l’a reçue, pendant toute sa durée de validité. Si deux vendeurs acceptent, vous êtes engagé deux fois, avec un risque de dommages et intérêts envers celui que vous laisserez tomber. Si vous hésitez entre deux biens, donnez des validités très courtes et envoyez les offres l’une après l’autre.

Faut-il mettre une condition suspensive de prêt dans l’offre ?

C’est fortement conseillé dès que vous empruntez. Quand l’avant-contrat mentionne un prêt, la loi le soumet à cette condition pour au moins un mois, mais l’écrire dès l’offre évite toute discussion sur un accord conclu sans elle. Précisez montant, durée et taux maximal. Y renoncer n’est raisonnable que si vous payez comptant ou disposez déjà d’une offre de prêt.

Que faire si le vendeur ne répond pas à votre offre ?

Le silence ne vaut pas acceptation. À la date d’échéance que vous avez fixée, l’offre devient caduque et vous êtes libre. Vous pouvez relancer avant l’échéance, puis, si le bien vous intéresse toujours, envoyer une nouvelle offre, éventuellement modifiée. Évitez de prolonger d’office la validité par un simple message : cela prolonge aussi votre engagement.